Toujours connectés les révolutions de l’Internet mobile

Internet transforme en profondeur notre relation aux médias.
Tour d'horizon des grandes mutations en cours dans un secteur d'activité relativement épargné par la crise.
Les nouveaux usages d’Internet (téléchargements rapides par l’ADSL, développement de communautés via les blogs et forums) ont fait éclater la chaîne traditionnelle de production des contenus – la musique notamment. Il existait auparavant des étapes bien distinctes menant de l’artiste créateur au consommateur qui achetait son album : production, fabrication, marketing, distribution.
De l’éclatement de la chaîne traditionnelle...
C’est ce modèle qui est en train de disparaître, remarque Nicolas Vanbremeersch, directeur d’une agence de communication spécialisée dans le web et auteur : De la démocratie numérique. Désormais, tous les acteurs de la chaîne peuvent être en relation les uns avec les autres. Dans certains domaines, on se passe de producteurs, de formes de marketing traditionnel, voire de créateurs.
Ainsi, on n’observe plus la séparation classique entre l’auteur et son audience. Il y a aujourd’hui une interaction directe entre eux. Un auteur peut être soutenu par un réseau de fans ou encore d’avocats, mobilisables à tout moment. Il peut même être produit directement par son public grâce à des sites comme MyMajorCompany, qui vient de propulser le chanteur Grégoire sur le devant de la scène.
![]() De la démocratie numérique, Seuil, «Médiathèque », mars 2009. Des millions de blogs, de forums, de messages, d’informations et de commentaires, postés sous toutes formes dans des lieux innombrables : le web est devenu une nouvelle dimension de l’espace public. L’espace public numérique, c’est d’abord un territoire, des lieux multiples et très divers - documentation et connaissances, information, échanges sociaux ; Nicolas Vanbremeersch nous guide dans cette nébuleuse, analyse et structure l’ensemble. |
À la convergence de l’offre...
Dans ce contexte d’éclatement, les grands opérateurs de télécommunications sont contraints de redéfinir leur stratégie et leurs offres. Pour garder la maîtrise d’un marché en pleine révolution, ils doivent proposer à leurs clients un accès rapide à des contenus personnels (photos et vidéos), mais aussi commerciaux (musique, jeux et films). D’où le phénomène de convergence observé actuellement chez des acteurs comme Orange ou SFR : ils fournissent à la fois l’accès aux réseaux de communication et à un ensemble de contenus.
SFR, filiale de Vivendi, a ainsi noué des partenariats avec tous les autres grands labels pour proposer à ses clients l’accès à l’offre la plus large possible en matière de jeux, de musique ou de films. Chez Orange, la stratégie « Any content, anytime, anywhere » a également pour objectif d’offrir aux clients des contenus divers, en direct ou en différé.
Un exemple : Orange cinéma séries, lancé en 2008, est un bouquet de 5 chaînes de télévision qui permet d’accéder à la demande pendant 30 jours à tous les programmes déjà diffusés sur les chaînes à partir de n’importe quel écran terminal (ordinateur, TV, portable, baladeur multimédia). ...
Et à l’apparition de nouveaux modes de recrutement !
Ces mutations profondes auront pour conséquence l’apparition de nouveaux métiers, dans un secteur où l’audace et la créativité pèsent plus lourd que les diplômes. On observe déjà de nouveaux profils dans le secteur, comme ces gestionnaires de communautés qui ont remplacé les traditionnels chefs de produits. Ils analysent les contenus des blogs et forums, décryptent les nouvelles tendances. Mais l’avenir devrait voir éclore bien d’autres opportunités. « Nous ne sommes qu’à la Préhistoire de l’Internet mobile », constate Stéphane Roussel, DGRH de SFR qui vient de rejoindre Vivendi. « De nombreux métiers sont encore à développer : la création de films adaptés au portable, par exemple. La filière n’existe pas aujourd’hui . »
Le secteur, en pleine ébullition, recrute donc en se référant surtout au développement personnel. « 80 % de mon personnel est issu de l’université, qui forme des gens ouverts sur le monde », explique Nicolas Vanbremeersch, directeur de l’agence Spintank. « J’ai repéré mes futurs salariés sur la toile, parce qu’ils animaient leur propre blog. Comme les artistes, les candidats doivent aujourd’hui savoir se vendre en ligne. » Même constat de Stéphane Roussel : « Les trois critères utilisés pour l’évaluation annuelle du personnel chez SFR sont l’audace, l’engagement et la simplicité. Avant le diplôme, nous regardons la personne : un tour du monde ou une vie associative active sont pour nous des critères convaincants ». À retenir donc : les entreprises du secteur recherchent des têtes bien faites plus que bien pleines et des qualités relationnelles plus que commerciales...
Témoignage : Sébastien Lery, responsable marketing clients jeunes adultes et abonnements chez SFR« En tant que responsable marketing du segment 19-30 ans, je dois comprendre les attentes et besoins des jeunes adultes d’aujourd’hui. La période entre 19 et 30 ans est une période de vie entrecoupée de modifications majeures et structurantes : départ du foyer, vie étudiante, premier emploi, première installation à deux... Autant de changements de vie qui font évoluer la manière de communiquer : les plus jeunes utilisent beaucoup le SMS, puis les besoins d’appeler plus apparaissent. Ils ont, en outre, le besoin d’être connectés en permanence à l’info et à leurs centres d’intérêts via le web et à leurs amis via leur messagerie instantanée. C’est pourquoi mon métier est en perpétuelle mutation : il doit se réinventer tous les ans, tiré par les évolutions permanentes du marché et la nécessité d’accompagner ces mutations rapides de vie et donc d’usages du téléphone mobile et de l’Internet .» |
















