Que deviennent les philosophes ?



Quel est le point commun entre une webmaster, une éducatrice spécialisée et une consultante en recrutement ? Leur parcours universitaire. Rencontre avec trois philosophes engagées dans la « Cité »


jessicaJessica Lalanne, webmaster pour le journal Sud Ouest

À seulement 33 ans, Jessica Lalanne a un parcours pour le moins singulier. Après un DEA de philosophie, elle est aujourd’hui webmaster pour le site Internet du journal Sud Ouest, à Bordeaux.

Vous avez un parcours original...


J. L. : Les recruteurs me l’ont souvent dit et c’est l’impression des gens au premier abord. Je pense, d’ailleurs, que mon profil atypique m’a permis de faire la différence à plusieurs reprises. Cependant, à mes yeux, mon parcours est très cohérent : j’ai toujours aimé les sciences ainsi que l’informatique, et la philosophie exige les mêmes qualités de rigueur, de logique et d’analyse. C’est donc plus à titre d’intérêt personnel que je me suis engagée dans cette voie.

Comment avez-vous fini par trouver votre voie justement ?


J. L. : Parallèlement à mon DEA, je suivais des cours d’informatique par correspondance. Je devais effectuer un stage de 15 jours comme webmaster au journal La Provence qui s’est transformé en remplacement de trois mois. C’est à partir de là que j’ai décidé que c’était vraiment ce que je voulais faire. Par la suite, j’ai suivi des cours du soir au CNAM pour me perfectionner. Plus les années passaient, plus je savais que je ne voulais pas me diriger vers l’enseignement. Les secteurs de la presse et d’Internet me plaisant depuis toujours, l’idée d’y travailler a fait son chemin.

Quels enseignements tirez-vous de vos études ?


J. L. : Mes années de philosophie m’ont ouvert l’esprit et permis de voir les choses différemment. De plus, grâce au travail personnel fourni, j’ai énormément gagné en autonomie. Mon conseil : il faut savoir ce que l’on veut, se projeter dans l’avenir et ne pas aller à la fac pour aller à la fac. Soyez curieux et prenez des initiatives ! Faire un double cursus peut être une bonne idée si l’on sait que l’on ne se destine pas à l’enseignement.


sandrineSandrine Rey Peiro, consultante chez Expectra Search


Avec une licence de philosophie en poche, Sandrine Rey Peiro, 38 ans, est aujourd’hui consultante junior au sein du cabinet de recrutement spécialisé Expectra Search, à Toulouse.

Quel a été votre parcours depuis la fin de vos études ?

S. R. P. : En parallèle de mon cursus en philosophie, je faisais un petit boulot d’opératrice de saisie dans une société de transport express international pour financer mes études. Après avoir obtenu ma licence, j’ai été engagée comme responsable d’équipe puis, au bout de quatre ans, j’ai été promue coordonnatrice au recrutement. Je suis restée huit ans dans la société. J’ai donc pu progresser sur différents métiers liés aux ressources humaines grâce à la mobilité interne. Par la suite, j’ai intégré différents cabinets de recrutement.

Comment avez-vous négocié ce changement de voie ?

S. R. P. : Au départ, je souhaitais devenir enseignante, voire professeur à l’université. Et puis, pour des raisons financières, j’ai dû commencer à travailler très rapidement. Le fait que mes études n’aient pas de lien avec le poste proposé n’a pas été gênant, car c’était plus mon niveau d’études, bac +3, qui importait. Observer, analyser, questionner... Je retrouve d’ailleurs des similitudes entre mon métier et mes études de philosophie. Je n’ai aucun regret ni frustration, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui si j’avais poursuivi dans ma voie initiale.

Rétrospectivement, que vous a apporté la fac ?

S. R. P. : Aujourd’hui, les étudiants ont plusieurs périodes de stage au cours de leur cursus et je trouve cette évolution vraiment très appréciable. À mon époque, il n’y en avait pas et du coup, j’ai eu du mal à me projeter sur un métier précis. En effet, les universitaires ne sont pas toujours les personnes les mieux placées pour connaître dans le détail le monde de l’entreprise et ses rouages. Le côté positif, c’est que l’université apprend incontestablement l’autonomie, l’adaptabilité et l’indépendance.


alice-midAlice Martin-Villepou, éducatrice spécialisée en IME


En alliant passion et projet professionnel raisonné, Alice Martin-Villepou est parvenue à ses fins. À trente ans, elle a déjà acquis une solide expérience en tant qu’éducatrice spécialisée et travaille dans un institut médico-éducatif de la région nantaise.

En entamant des études de philo, vous imaginiez devenir éducatrice spécialisée ?


A. M.-V. : Oui, c’est toujours ce que j’ai voulu faire. Il est clair que la philosophie n’est pas la première voie à laquelle on pense quand on souhaite travailler dans le social, mais je voulais gagner en maturité et en capacité d’analyse avant de me lancer. Il me semblait important de savoir prendre du recul avant de travailler avec des jeunes en difficultés.

Comment avez-vous mené votre projet ?

A. M.-V. : Ma maîtrise obtenue j’ai envoyé des lettres de candidature au culot auprès d’organismes chargés de la protection de l’enfance et de la délinquance. De CDD en remplacements, je me suis forgée une première expérience. Afin de la valider, j’ai ensuite passé le concours d’éducatrice spécialisée. Grâce à mon diplôme universitaire, j’ai bénéficié d’un an d’allègement de cours et ai pu l’obtenir en deux ans au lieu de trois.

Et si c’était à refaire ?

A. M.-V. : Je n’hésiterais pas une seconde. La philosophie m’aide à réfléchir sur mon métier, à cerner les tenants et les aboutissants de ma démarche sans me laisser enfermer dans aucune doctrine qui restreint la pratique. L’habitude de l’argumentation est également un atout quand on doit mener plusieurs réunions d’équipe par semaine. En revanche, j’aurais apprécié plus de transversalité dans les cursus, et plus d’espace pour prendre des initiatives et s’initier à la gestion d’un projet.


Illustrations à partir des photos des 3 anciens étudiants : Anne Schlaffmann







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