Marché de l'emploi : Sous les indicateurs, les flux

LA MANU : Les chiffres du chômage sont-ils à consulter tous les matins au réveil ? Que signifient-t-il ?
Étienne Wasmer : Non, les chiffres du chômage doivent toujours être abordés avec prudence. Il y a une espèce de halo autour de la notion de chômage et, à court terme, les marges d'erreur peuvent êtres significatives.
Le chômage est un concept simple mais qui accepte plusieurs définitions. La définition la plus restrictive est celle qui inclut uniquement les personnes qui sont disponibles et recherchent activement un emploi. C'est la définition la plus courante, celle qui correspond aux indications du Bureau International du Travail. Une autre définition, moins restrictive, inclut aussi les personnes qui travaillent à temps partiel et recherchent un temps plein.
Mais d'autres définitions prennent également en compte celles qui souhaiteraient travailler mais sont découragées et ne cherchent plus ou encore celles qui sont à la frontière entre emploi dissimulé et inactivité, etc.
LA MANU : Concrètement, que recouvrent ces chiffres ? Quand le chômage grimpe, cela signifie-t-il qu'il n'y a plus d'emplois créés ?
Étienne Wasmer : L'évolution du taux de chômage ou d'emploi résulte toujours de la différence entre des flux d'entrées et des flux de sorties. C'est comme dans une baignoire où il y a de l'eau qui rentre et de l'eau qui sort : le niveau de l'eau correspond à la différence entre l'arrivée et la sortie.
En ce qui concerne l'emploi, l'économie française est très dynamique puisqu'elle crée énormément d'emploi même si elle en détruit aussi beaucoup.
Il y a donc toujours des créations d'emplois, même si elles sont ralenties en période de crise, et toujours des destructions d'emplois.

« L'évolution du taux de chômage, c'est comme le niveau d'eau d'une baignoire : il résulte de la différence entre des flux entrants et des flux sortants. »
LA MANU : Est-il alors possible de débuter sa carrière en temps de crise ? 
Étienne Wasmer : Le marché du travail n'est pas quelque chose de statique mais au contraire de très dynamique, il y a un turnover constant. Environ 10 000 emplois sont créés et détruits chaque jour en France, et compte tenu des rotations entre postes ou entre activité et inactivité, 30 000 personnes quittent un emploi ou en reprennent un chaque jour, ce qui fait un turnover de presque 1 million par mois en incluant les CDD, fin d'intérim etc.
Donc même si l'emploi diminue, il est possible de rentrer sur le marché du travail simplement par le jeu des départs en retraite, des rotations, des gens qui quittent un emploi pour en prendre un autre, des CDD transformés en CDI, etc.
À lire :
> Les tendances du marché de l'emploi (octobre / novembre 2009) par Fabrice Lacombe, président de Michael Page France et Jacky Chatelain, directeur général de l'APEC
> Emploi des jeunes : quelques rayons d'optimisme à travers le nuage de la crise
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