Le texte fondateur


Le goût de l'avenir




En cette fin 2008, chacun peut sentir à sa façon que nous vivons une époque charnière.
cahier-smallLes anciens équilibres sont en pleine reconfiguration, dans les dix prochaines années notre pays, comme le monde qui l'entoure, va connaître de profondes transformations.

 

En France, les sentiments de malaise, d'inquiétude, de scepticisme semblent avoir largement pris le dessus. Il est vrai que l'état qui n'en finit pas de devoir se réformer ne parvient plus à assurer une cohésion sociale minée par les inégalités. L'ascenseur social est en panne et les jeunes générations sont particulièrement exposées aux conséquences de cette situation dans un pays pourtant riche.

 

Les absences de notre pays, c'est aussi une ardoise de 1 100 milliards d'euros en dettes et des investissements d'avenir insuffisants, sans oublier des comptes sociaux dans le rouge qui pourraient fermer aux jeunes générations le droit à bénéficier de systèmes de protection sociale efficaces et pérennes - en particulier en matière de retraites - alors qu'ils vont devoir les payer.

 

"Des voix, de plus en plus nombreuses, s'élèvent pour dire que la situation ressemble bien plus à une rupture de solidarité entre générations qu'à un pacte intergénérationnel équilibré."


L'héritage de ceux qui sont venus au monde après 1968 ne se limite pas à ces dimensions économiques et sociales. Elles sont les plus visibles et les plus inacceptables parce que leurs conséquences sont très directement éprouvées. Elles ne sont pourtant pas seules.

 

La promesse par laquelle l'éducation et le travail pouvaient donner à chaque génération une prospérité supérieure à celle de ses parents et à chaque individu une opportunité de réussir, a longtemps caractérisé notre société. Cette promesse, qui était un élément fondamental du pacte social, s'est transformée en désillusion. Et, avec elle, c'est l'idée même de progrès qui s'en trouve affectée.

 

Au delà, la notion de croyance dans son acceptation laïque semble disqualifiée. Les évènements de l'Histoire moderne y ont aussi largement contribué. Quand la croyance renvoie aux fanatismes dont la Seconde Guerre mondiale fut le théâtre d'opération, c'est fort logiquement que se prennent les distances avec elle.

 

Le Mur de Berlin, ce symbole emblématique pendant près de trente ans, s'effondre fin 1989 sous la pression populaire. Avec lui, c'est tout le système des idéologies du XXe siècle qui finit de s'effondrer, emmenant dans sa chute l'utopie et la notion d'idéal. Alors oui, le fait de croire est entaché de toutes ces tragédies. Mais, faudrait-il pour autant se résoudre à avoir « la croyance raisonnable » et « l'idéal au point mort »... au risque de sombrer dans une grande dépression collective ?

 

"Nous sommes dans ce moment particulier où les repères institués, les solidarités héritées de la Seconde Guerre mondiale, c'était au siècle dernier, volent en éclats."


Dans une telle situation, sur quoi peut-on compter pour construire l'avenir, sur quoi s'appuyer pour bâtir
nos vies ?

Quand les repères sont à ce point mis en question, le risque est grand que chacun ne compte que sur celui qui lui ressemble. Cette logique du repli sur soi favorise les séparatismes et l'émergence d'une société cloisonnée, dans un moment où la mondialisation ne fait justement aucun cadeau à ce qui est divisé et faible.

En la matière, le monde que nous vivons a de fortes exigences. La nature des problèmes qui vont façonner et impacter nos vies dans les dix à quinze ans exigera une grande capacité à renforcer ce qui fait notre cohésion.
L'heure n'est plus au chacun chez soi, chacun pour soi, aux cloisonnements stupides en tribus gauloises. Les parts de marché, les emplois, c'est avec toutes les énergies qu'il faut les gagner.

 

L'enjeu dans ce moment et dans les années à venir c'est de re-former le lien. C'est construire de nouveaux points d'appui collectifs pour avoir plus de force. Il faut le faire parce que, quoi qu'il se passe, nous avons l'avenir en commun.

 

 



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