Parrains

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Hervé Sérieyx
UGEF - Vice président
« Transformer une idée en action, c'est un talent phénoménal. Pourquoi je parraine LA MANU de tout mon cœur ? Parce que je crois dans les deux personnes qui la portent. Une aventure de ce type, c'est important et ça a des chances : si ça a du sens, s'il y a de la méthode, etc. mais surtout si les personnes qui la portent sont habitées par cela. »

Le site d'Hervé Sérieyx

Pour les jeunes : un viatique pour l'emploi

Aucun doute : le monde de l'emploi requerra demain des personnes capables de vivre dans un univers mobile, évolutif, inattendu, sans cesse remodelé par les télescopages imprévisibles de mutations technologiques, de choix capitalistiques, de revirement de modes, d'autant plus ravageurs qu'ils seront médiatisés, « internetisés » immédiatement à l'échelle de la planète, par des rapports entre monnaies, des différentiels de coûts sociétaux (coût des appareils d'État, des systèmes de solidarités, des avantages acquis par rapport à ceux des économies concurrentes).

Face à cette imprévisibilité du monde du travail ,on ne sait plus précisément définir les connaissances à posséder pour gagner durablement sa vie ; les diplômes, quels qu'ils soient, ne garantissent plus aucune rente de situation, et personne n'est plus capable de prévoir ce que deviendront demain les métiers d'aujourd'hui ni quels métiers nouveaux apparaîtront demain En revanche, on peut, sans risque, exprimer le minimum d'habiletés que devront posséder les jeunes pour affronter avec succès la vie professionnelle , c'est-à-dire leur viatique pour l'emploi.

Les composantes majeures d'un viatique pour l'emploi
Les trois composantes majeures de ce viatique seront sans doute la mobilité, l'aptitude à la vie en réseau et la rigueur : savoir vivre en équipage, tirer des bords tout en gardant son cap ; voilà ce qui est précieux sur une mer houleuse, traversée de courants, avec une météo changeante et des rafales imprévisibles.

La mobilité d'abord : elle est indispensable par temps capricieux, sur un marché du travail à géométrie variable et qui -même- dans certains secteurs d'activité risque d'être biodégradable.

De quels types de mobilité s'agit-il ? De la mobilité intellectuelle, en premier lieu. Dans la vie professionnelle cela veut dire être capable de continuer sans cesse d'apprendre, de savoir s'informer, de savoir conjuguer autonomie de jugement et accueil de la pensée des autres, travail personnel et collectif, ce que l'on a appris dans un champ et ce qu'on a découvert dans un autre en établissement le plus de ponts possibles entre des domaines de connaissances apparemment séparés.

Autre mobilité nécessaire pour affronter demain un monde du travail plus bigarré : la mobilisation professionnelle, celle-ci doit permettre non seulement de s'adapter à des métiers et à des environnements nouveaux mais surtout de conjuguer avec aisance une suite de situations diversifiées : contrats de diverses durées, activité indépendante, formation, voire création d'entreprises ou enseignement ; c'est cette mobilité professionnelle qui suppose que chacun entretienne avec soin, tout au long de sa vie, son « employabilité », c'est à dire sa capacité à rester le plus « manœuvrant » possible (selon le vocabulaire de la navigation) face aux évolutions possibles de son environnement économique. Une éducation qui préparerait une personne à prendre un soin permanent de son employabilité veillerait moins à entasser des multitudes de connaissances tronquée et isolées dans des programmes encyclopédiques (selon le principe « qu'on se sait jamais » : le jeune pourrait un jour avoir besoin d'un peu de tout et il faut multiplier sa palette) qu'à développer une capacité permanente de vigie, de curiosité, d'anticipation pour repérer dans son métier les évolutions en cours, dans sa profession ou des professions proches les opportunités à saisir, les coopérations fécondes à susciter, les chances de progrès à favoriser : sauf à courir des risques très graves, on ne pourra plus être professionnellement passif. En fait éduquer à l'employabilité, c'est préparer le T.man de Peter Drucker, celui qui sait approfondir, creuser un domaine, une spécialité, tout en restant sans cesse capable d'un regard large, attentif, d'une compréhension horizontale du contexte dans lequel cette spécialité se met en œuvre et de la complexité des éléments auxquels elle s'incorpore et qui lui donne sens.

L'aptitude à vivre en réseau sera elle aussi tout à fait essentielle dans le monde du travail de demain : à l'époque de la révolution de l'information, celui qui ne saura ni constituer et entretenir son réseau d'amis, de complémentaires, d'alliés ni s'insérer dans des réseaux de compétences pour y œuvrer en coopération, sera rapidement un homme professionnellement condamné. Dans les années cinquante, le professeur Jean Fourastié disait qu'un prolétaire c'était un homme qui n'avait pas de réserves ; au prochain siècle, ce sera un homme qui n'a pas de réseau ; à la fois parce que dorénavant le réseau sera le mode de fonctionnement privilégié de l'entreprise et parce qu'en environnement incertain et professionnellement mouvant, on est plus assuré contre les aléas de l'emploi quand on fait partie d'un réseau. Pour éduquer un comportement « d'acteur de réseau » on a besoin d'une école interactive et ouverte ; un école où les professeurs démontrent sans cesse et activement leur complémentarité ; une école qui entraîne les élèves à la coopération ; une école qui accueille largement les autres acteurs de la société, acteurs de l'entreprise, des collectivités locales, de l'État, du monde artistique etc.., pour faire prendre conscience, à la fois, de la diversité de leur contribution, de leur égale noblesse et de leur égale nécessité, et de l'indispensable synergie entre eux tous pour que la cité bénéficie de la meilleure performance d'ensemble possible. Comme l'a justement mis en évidence Bob Aubrey c'est le plus souvent dans les activités périscolaires que l'élève ou l'étudiant acquiert le mieux ces comportements de réseau : l'accomplissement de projets collectifs développe l'esprit de responsabilité solidaire. C'est alors que l'on découvre pratiquement que le réussite d'un projet dépend de la capacité à œuvrer réellement ensemble : tout ce qui sépare, freine, ralentit, bloque des relations simples, souples et rapides entre les nœuds du réseau, c'est-à-dire entre les personnes doit être éliminé d'urgence.

Le véritable acteur de l'entreprise en réseau, celle de demain, est un accoucheur : il sait faire naître une innovation ; un fécondateur : il sait enrichir ses découvertes de celles des autres ; un faciliteur : il met l'innovation en œuvre sans déstabiliser l'organisation quotidienne ; un guetteur : il apporte des idées venues d'ailleurs ; c'est un peu un « concierge » : le doorkeeper qui fait circuler l'information entre les parties relativement séparées de l'entreprise ; un intégrateur : il met en relation des acteurs complémentaires ; un connecteur : il branche entre eux des réseaux et autres « susciteurs » de vie et « entrepreneurs d'influx ». Il est enfin le sympathique pilleur d'idées qui sait à merveille rebondir sur les suggestions, les images et les mots des autres pour les transformer avec conviction en propositions concrètes.

Ainsi, dans un monde en changement accéléré, on mesure combien sont pataudes, lentes, inefficaces et coûteuses les lourdes organisations pyramidales qui ne peuvent compter que sur l'articulation mécanique entre des décideurs, des encadreurs, des exécutants et des contrôleurs. Autrement mieux adaptées à ces environnements nouveaux sont les organisation qu'animent des guetteurs, des échangeurs, des connecteurs... bref, des créateurs de vie, plus soucieux de susciter de la valeur ajoutée que de profiter de l'organisation, plus désireux de servir que de se servir. Au système éducatif de préparer des jeunes à l'aise dans ces nouvelles structures évolutives.

Troisième élément constitutif d'un viatique pour entrer sur un marché de l'emploi chahuté, la rigueur ; et cela sous deux formes : du sens et de la méthode.
Pour piloter « l'entreprise de soi » -selon le beau mot de Bob Aubrey, à travers la diversité des activités de sa vie, spirituelles, affectives, civiques, culturelles, professionnelles, dans un monde de plus en éclaté et sans repères, il va sans doute devenir de plus en plus essentiel de savoir clarifier son nord. Quand on ne sait plus ce qui va se passer, il faut savoir ce qu'on veut devenir. Pour la plupart, les jeunes dits « en difficulté » , ceux qui peinent à trouver du travail dans la vie économique, sont des jeunes déboussolés : ni la famille ni l'école ne les ont jamais mis en possibilité de réfléchir sereinement, profondément, méthodiquement à leur projet personnel, à leur sens. On leur a fait constater que leurs moyens étaient limités, ils ont éprouvé eux mêmes que ces moyens les prédisposaient plus pour l'échec que pour la réussite mais on les a peu aidés à clarifier leurs fins, ce qu'ils veulent être -partant- ce qu'ils veulent faire Mais ces non sens omniprésents rendent plus nécessaires que jamais une réflexion de chacun sur sa propre boussole : cela s'éduque, se nourrit, se transmet en conduisant l'élève en dehors des chemins du maître, en lui permettant d'élucider le sens qu'il veut donner à sa vie et de conquérir ainsi sa propre liberté.

Autre forme de rigueur : l'apprentissage de méthodes. Qui a consacré une large partie de sa vie au beau métier de consultant sait que le cœur de cette activité consiste à se comporter en « flou-naute »-, en aide à la navigation dans le flou. Pour aider des décideurs confrontés à l'incertitude et à la complexité d'environnements évolutifs, imprédictibles et souvent menaçants qu'ils doivent aborder dorénavant sans modèles de références, les consultants doivent être capables de bâtir avec eux un système de représentation permettant de rendre compte de « ce qui se passe » ; ils doivent fortifier leur confiance face à la construction de l'avenir ; ils doivent être les méthodologues des processus de changement. Toutes ces méthodes qui garnissent la musette du consultant - réflexion stratégique, questionnement d'écoute, mise en forme de problématiques, fertilisation croisée des réussites... composent un ensemble de pratique dont l'apprentissage est d'une simplicité biblique, à la portée de tous les Q.I. et dont la mise en œuvre bouleverse l'efficacité des organisations. Leur quasi ignorance dan le monde de l'administration ou dans celui des cabinets ministériels explique, pour une large part, tant de fonctionnements stériles et dispendieux. Pourquoi ce bagage méthodologique, avec des déclinaisons diversifiées, ne serait-il pas remis, dès l'école, à chaque citoyen ?

On le voit, une société qui cherchera demain à permettre à ses enfants de bénéficier d'un emploi dès lors que celui ci demeurerait durablement encore un repère social fondamental, un moyen d'autonomie économique, le moteur de la consommation et surtout le support - via l'impôt et les cotisations - d'un État et d'un mode de solidarité forts, se souciera moins de demander à son système éducatif d'entasser dans les têtes un fatras composite de savoirs et de savoir faire, mais bien plus de fortifier, chez chacun, des savoirs être et des savoirs devenir, des savoirs maîtriser ensemble le présent et des savoir créer ensemble l'avenir.

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