La confiance : la reconstruire sur de nouvelles bases ?

La crise qui secoue aujourd'hui l'économie mondiale aura au moins permis de rappeler la place centrale de la confiance dans notre société. Comme le souligne l'économiste Pierre-Cyrille Hautcœur dans une interview donnée aux étudiants de LA MANU, « l'incertitude est au cœur de la crise actuelle ».
Mais l'économie n'est pas le seul secteur où la confiance soit fondamentale. La globalisation et l'accélération des progrès techniques placent les individus face à un monde de plus en plus complexe et de moins en moins prévisible, où il faut faire collectivement preuve d'innovation pour tirer son épingle du jeu.
Ainsi que l'analyse Hervé Sérieyx dans son dernier ouvrage, Confiance mode d'emploi, Comment restaurer la confiance ?, les nouveaux modes d'organisations de la société (organisation en réseaux et non plus pyramidale par exemple) sont désormais tous fondés sur la confiance. Or le manque de confiance à tous les niveaux de la société semble flagrant.
Comment restaurer la confiance ? Faut-il espérer une réactivation des structures rassurantes de la société ou accepter le défi de l'innovation et construire la confiance sur de nouvelles bases ?

Selon une enquête de l'Observatoire de la Confiance, les jeunes seraient mieux préparés que leurs parents à affronter la crise. Pour les jeunes générations, le manque de stabilité n'est pas vécu comme une perte mais comme une dimension intrinsèque et structurante de la société.
Les fondements traditionnels de la confiance se seraient donc déplacés. En effet, selon cette même enquête, les jeunes générations, omniprésentes sur Internet, ne font désormais guère confiance aux institutions et comptent d'avantage sur leur famille, leurs amis proches et leur réseau. Les structures ou relations verticales et rassurantes inspireraient donc maintenant plutôt la défiance au bénéfice des relations en résaux, horizontale et ressenties comme plus maîtrisables.
Proximité, réseaux, choix raisonnés... ces nouveaux critères de la confiance sont-ils transposables dans le monde du travail ?
Hervé Sérieyx, dans l'ouvrage sus-cité, livre plusieurs pistes permettant de reconstruire la confiance. Tout d'abord, il conseille aux institutions et aux entreprises de s'ouvrir sur le monde et d'arrêter de recruter des clones. Dans le chapitre « Dis-moi qui tu recrutes, je te dirai qui tu es » il explique combien, dans l'univers complexe qui est le nôtre, il est important de multiplier les points de vue et d'encourager l'innovation. Donner aux jeunes générations une image ouverte de l'entreprise, une image en phase avec l'évolution de la société serait donc un des premiers leviers de la confiance.
A qui faire confiance aujourd'hui et comment mériter la confiance ? Essentiellement duale, la relation de confiance réclame donc pour s'installer des efforts de chacune des parties prenantes de la société. Parviendrons-nous ensemble à la reconstruire sur de nouvelles bases ou faudrait-il appeler de nos vœux la réactivation des anciennes structures rassurantes ?
À lire sur www.lamanu.fr :
- La confiance : vers de nouveaux fondements ? Analyse et synthèse d'étude
- Crise : Après la bulle, le beau temps ? Interview de P.-C. Hautcœur par les étudiants de LA MANU
- L'Observatoire de la Confiance, L'indice de confiance des jeunes : synthèse d'enquête
- Hervé Sérieyx, Confiance, Mode d'emploi, Paris, Edition Maxima, 2009. Présentation
Photos : Sara de Jesus Bento et Agnès Herrera étudiantes en Licence 3 Photographie de l'Université Paris 8 pour l'exposition "Faites nous confiance" organisée par l'Observatoire de la Confiance.
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Commentaires
Cependant j'ai plutôt l'impression que pour avancer dans ce flou la meilleure arme, en tous cas celle qui me vient le plus naturellement est la confiance dans les gens qui m'entourent, mon réseau, ma famille. Quoi de mieux pour etre rassuré que d'être entouré de gens en qui on peut avoir confiance?
Nous n'avons peut etre plus la meme confiance en l'avenir mais quel bonheur de savoir que nous sommes dans une société où tout est à reconstruire où si on ose se faire confiance les uns les autres on peut construire de grandes choses! Citer
Mais paradoxalement, je me sens de plus en plus confiant parce que de plus en plus libre. Libre d'agir comme je l'entend.
La confiance, c'est peut être d'abord la confiance en soi ? Citer
Salut Paul,
Justement !! Je pense qu'il n'est plus question de porter à notre époque une confiance "aveugle" que ce soit dans les institutions ou dans quoi que ce soit !
Comme cela a déjà été analysé sur d'autres sujets, je pense que cette histoire de confiance et de nouveaux fondements est pas mal liée à l'évolution des sociétés démocratiques.
Nous sommes dans une société où les ordres vont de moins en moins pouvoir être acceptés sans être compris, où les structures paternalistes ne rassurent finalement plus personnes.
En somme : finit les arguments d'autorité, vive l'autorité de l'argument !
www.juliecoudry.com/.../
Mais on parle de croyance et pas de confiance… Un philosophe dans le coin pour nous donner quelques définitions précises de ces deux notions? Citer
Je crois que c'est justement Julie Coudry qui disait dans sa chronique sur France culture "La croyance ce serait ne pas condamner l'avenir avant de l'avoir vécu". Et Paul, et si on se remontait les manches au lieu de "pleurnicher" sur notre sort… A nous de jouer
C'est étrange de demander ça. Dans l'esprit populaire, on a plutôt tendance à valoriser les gens qui sont méfiants et à réprimander ceux qui, par nature, accorde trop facilement leur confiance.
Il y a de l'instinct dans cette notion, quelque chose qui est, il me semble, plus irrationnel.
En ce sens, je m'interroge sur les différents process qui sont mis en place dans les entreprises pour rationaliser à l'extrême: reporting et autres.
A force de réduire le travail et les missions de leurs collaborateurs à une liste de tâches qui pourraient très bien au fond être réalisées par des machines, les entreprises ne s'éloignent-elle pas de concepts tels que la confiance justement, ou encore l'intuition etc ? Citer
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