Crise : après la bulle, le beau temps ?


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Adopter un regard lucide pour faire face à la morosité ambiante, tel est le pari des étudiants de LA MANU qui ont interrogé Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur à l’École d’économie de Paris et à l’EHESS, sur les causes et les conséquences de la crise actuelle.



LA MANU : Les crises se succèdent, mais se ressemblent-elles ?


Pierre-Cyrille Hautcoeur : Depuis un siècle, elles présentent de nombreux points communs. En effet, l’économie capitaliste reposant sur le crédit, les crises économiques (ralentissement de la bullecroissance, baisse de la production, augmentation du chômage) débutent fréquemment par une crise financière. Ainsi, lorsque les prêteurs estiment que le niveau d’endettement des entreprises est trop important au regard des revenus futurs escomptés, ils restreignent les crédits empêchant la réalisation d’investissements et obligeant les entreprises à réduire leurs coûts (licenciements, diminution des achats) ce qui entraîne une baisse générale de la production. Par ailleurs, les faillites des entreprises incapables de régler leur dette impactent en retour le système financier : risque de faillites bancaires, baisse de la bourse, appauvrissement des détenteurs de titres, toutes choses qui aggravent la crise.


Indissociables de leur composante financière, les crises économiques sont d’autant plus profondes que l’endettement antérieur à la crise est important. Depuis deux siècles, la gravité des crises financières est liée à l’innovation financière qui, si elle permet un accroissement global du crédit, conduit également à une prise de risques, élevée et mal comprise entraînant in fine l’explosion des bulles spéculatives.





Pourquoi de tels impacts sur l’économie générale ?


fedP.-C.H. : Longtemps, l’impact des crises financières fut limité par le fait qu’un grand nombre d’agents économiques (particuliers, entreprises...) vivaient hors du crédit, que l’interdépendance entre les banques restait faible et qu’activités bancaires et financières étaient séparées. C’est donc au développement des banques et à leur rapprochement des marchés financiers que l’on doit l’accroissement de la gravité potentielle des crises.

À l’origine de la création de la FED, la grave crise bancaire de 1907 aux États-Unis fut ainsi la première grande crise moderne. Toutefois, la crise de 1929, par sa durée, son ampleur et l’intervention massive des pouvoirs publics, reste un souvenir exceptionnel.




Quelle est la spécificité de la crise actuelle ?


P.-C.H. : La crise des subprimes, dont on a tant parlé, résulte de ce que les banques américaines ont encouragé les emprunteurs les plus modestes à s’endetter pour investir dans l’immobilier titrisationpensant pouvoir se rembourser, en cas de défaut de paiement, sur la valeur de leur maison. Lorsque les emprunteurs se sont massivement trouvés dans l’incapacité de rembourser leur crédit, la valeur des maisons a diminué et les pertes se sont accumulées. Or, du fait de la titrisation de cette dette immobilière, on a assisté à un surendettement massif, à une diffusion des risques à l’ensemble des intermédiaires financiers et à une grande incertitude sur le contenu des portefeuilles des banques.






Quelles conséquences pour l’emploi ?

P.-C.H. : Dans une économie, il y a en permanence création et destruction d’emplois. Lorsqu’une entreprise veut augmenter sa production, elle crée des emplois. En revanche, en période de crise, les entreprises cherchent à réduire leur production, donc licencient. Toutefois, certains secteurs continuent de se développer et d’embaucher même en période de crise.



Quels défis relever pour en sortir ?


P.-C.H. : Trois points me semblent essentiels : mettre en place de vrais accords internationaux de régulation financière, éviter la tentation protectionniste dommageable pour tous tant les économies sont interdépendantes, lutter contre l’incertitude en ne se limitant pas à des plans de relance, mais en indiquant une stratégie glo-bale pour l’avenir qui montre aux entreprises vers quels domaines s’orienter. Par exemple, un secteur porteur comme celui des innovations favorables à l’environnement ne pourra se développer sans investissements importants et donc sans signal politique clair.


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