La "génération Y" et les RH : regards croisés
L'Observatoire Cegos des performances des entreprises a rendu public, la semaine dernière, les résultats de son enquête sur les relations entre la jeunesse et les DRH : « Les 20/30ans et le travail. Regards croisés des jeunes salariés et des DRH ». La fameuse « Génération Y » est en effet depuis quelques années l'objet d'attention de la part des recruteurs qui ont parfois du mal à l'appréhender et à comprendre ses attentes, et ne savent donc pas comment l'attirer et la fidéliser.
Réputée « zappeuse » et en quête inextinguible d'autonomie, cette enquête, menée en temps de crise, a tendance à aller à l'encontre des idées reçues... Elle démontre cependant un décalage certain entre les politiques de ressources humaines mises en place et les attentes des jeunes générations.
Objectifs de l'enquête et méthodologie
Mieux comprendre les attentes des jeunes et leur perception du monde du travail et de l'entreprise et comprendre comment les RH appréhendent cette génération et intègrent ses attentes. L'enquête a été menée en avril 200 auprès de 1001 jeunes salariés de 20 à 30 ans et de 120 RH ou DRH dans des entreprises de 100 à plus de 5000 salariés.
Les 7 enseignements de l'enquête
1.Individualiser le management et la gestion des ressources humaines
2.Développer une culture de l'expérimentation
3.Donner des repères clairs, contractualiser des objectifs à courts termes par exemple
4.Aiguiller ou faciliter plutôt qu'être l'unique référent
5.Veiller à l'exemplarité de l'entreprise
6.Créer des espaces de convivialité
7.Donner de l'autonomie tout en renforçant la supervision...
Les principaux résultats de l'enquête
Les jeunes, leurs valeurs, leurs attentes
La famille et le travail sont, dans la vie, les éléments les plus importants aux yeux des jeunes :
Pour 78% d'entre eux, la vie de famille est la chose la plus importante mais le travail arrive en deuxième position et fait partie des trois choses les plus importante dans la vie pour 56% des interrogés.
Pourquoi travailler ?
Premièrement pour gagner sa vie répondent 64% des interrogés. Viennent ensuite le besoin de s'épanouir et d'avoir une vie sociale. La reconnaissance sociale arrive en revanche en dernière position.
Par voies de conséquences, les éléments les plus attirants dans un emploi sont donc la rémunération globale (62% ) suivie par l'évolution salariale (35%) et les opportunités de carrières (27%). Le contenu du poste et l'intérêt du travail est primordial pour 20% des jeunes.
En revanche, la qualité des produits et services de l'entreprise n'est primordial que pour 5% des sondés.
Si l'ambiance au travail n'est primordiale que pour 4% des jeunes interrogés, c'est pourtant la dégradation des relations de travail qui est la première cause de départ d'une entreprise (pour 40% des sondés c'est le premier facteur de départ, pour 65% l'un des trois premiers facteurs).
Les jeunes, des « zappeurs nés »? Des personnes exigentes tendraient plutôt à répondre cette enquête.
En effet, plus de 75% des jeunes ne désirent pas quitter leur entreprise si celle-ci répond à leurs attentes et leur permet d'évoluer. De même, la mobilité interne est de loin privilégiée à la mobilité externe si elle permet d'évoluer, notamment financièrement.
En revanche, les jeunes se montrent « sur leurs gardes » et exigeant vis-à-vis du monde du travail :
Après une première expérience, ils sont 49% à se déclarer très exigeant et 49% également à se déclarer très méfiant. Ils sont aussi 51% à se déclarer déçu. Alors que 33% se déclarent enthousiaste.
L'Observatoire Cegos indique donc trois facteurs clés de fidélisation des jeunes génération : le respect de la personne, l'ambiance au travail et la confiance. Ce sont en effet ces trois valeurs que les jeunes déclarent attendre aussi bien de leur entreprise en général que de leur manager.
Les 20/30 ans vu par les RH
Pour les Responsables Ressources Humaines interrogés, la principale qualité des jeunes est le dynamisme (37%) suivi par la capacité à entretenir une relation directe avec les autres (29%), par l'ambition (28%) et par l'esprit d'équipe (23%).
A contrario, les défauts principaux des jeunes sont, selon les RH : un niveau d'exigence trop élevé (pour 47% des RH interrogés, ce défaut est l'un des trois défauts principaux des jeunes), un esprit de rébellion et une difficulté à respecter les règles.
Un net décalage entre les attentes des jeunes et les politiques RH
Les résultats du « regards croisés » font donc apparaître un décalage flagrant entre les attentes des nouvelles générations et les politiques ressources humaines mises en place dans les entreprises :
Les RH ne sont que 12% à penser que le salaire est un des premiers éléments de motivation alors que les jeunes le place en tête à 62%.
Les jeunes ne sont que 10% à considérer l'image de marque de l'entreprise comme un élément capital alors que pour 23% des RH interrogés, la notoriété est le premier critère pour attirer les jeunes.
Les évolutions salariales ne sont déterminants que pour 2% des RH alors que ce critère est primordial pour 35% des jeunes interrogés.
Conclusion :
Si les attentes des jeunes générations n'apparaissent pas, dans cette enquête menée en plein cœur de la crise, comme fondamentalement différentes des attentes des générations précédentes, la « génération Y » se caractérise une fois de plus par son haut niveau d'exigence vis-à-vis du monde du travail. Elle semble en revanche bien plus fidèle à son entreprise que l'on pourrait le croire, du moment que les valeurs phares tels le respect et la confiance sont respectées.
Aller au-delà des préjugés ?
Il semble en effet, au vu des résultats de cette enquête, que les RH ont beaucoup de progrès à faire dans la connaissance des jeunes générations. Une bonne raison d'aller plus souvent à leur rencontre.














