La confiance : vers de nouveaux fondements ?



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La globalisation des échanges, l'accélération des progrès techniques, la succession des crises économiques rendent le monde de plus en plus complexe et de moins en moins prévisible.

Comment, dans un monde en perpétuelle mutation, trouver alors des repères permettant d'établir la confiance ?







Crise de confiance ?

 

La crise qui secoue aujourd'hui l'économie mondiale aura au moins permis de rappeler la place centrale de la confiance dans notre société. Comme le souligne l'économiste Pierre-Cyrille Hautcœur dans une interview donnée aux étudiants de LA MANU, « l'incertitude est au cœur de la crise actuelle ». Quand à la suite de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, les particuliers et les entreprises limitent leurs dépenses, et les banques freinent les crédits, la perte de confiance dans les autres et dans l'avenir se révèle un moteurs supplémentaires de l'expansion de la crise.

 

Mais l'économie n'est pas le seul secteur de la société où la confiance soit fondamentale. La h-serieyxglobalisation et l'accélération des progrès techniques placent les individus face à un monde de plus en plus complexe et de moins en moins prévisible, où il faut faire collectivement preuve d'innovation pour tirer son épingle du jeu. Ainsi que l'analyse Hervé Sérieyx dans son dernier ouvrage, Confiance mode d'emploi, Comment restaurer la confiance ?, les nouveaux modes d'organisations de la société sont désormais tous fondés sur la confiance.

 

 

 

Hervé Sérieyx cite au moins deux exemples structurants d'évolution organisationnelle de la société reposant sur la confiance :

 

 

- Le passage de la « manu-facture » à la « cerveau-facture » : parce que, contrairement à l'effort physique et automatique, l'effort intellectuel et l'apport de compétence de la part d'un individu dépend de son envie et de sa confiance.

 

- Le passage d'une organisation pyramidale à une organisation en réseau : parce que sans confiance, ce système s'avère ruineux en contrôle.

 

Car la confiance comprend toujours, contrairement à l'assurance, une part d'irrationnel et de croyance. Accorder sa confiance revient toujours à prendre un risque, plus ou moins mesurable. Elle est donc d'autant plus importante dans un univers incertain où tous les paramètres ne peuvent être totalement maîtrisés.

 

Comment faire face à cette situation ? Faut-il espérer une réactivation des structures rassurantes de la société ? Ou accepter le défi de l'innovation et construire la confiance sur de nouvelles bases ?

 


La confiance des nouvelles générations



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Comment réagissent les nouvelles générations face à cette crise ? Selon une enquête de l'Observatoire de la Confiance, les jeunes seraient mieux préparés que leurs parents à affronter la crise. Sur un échantillon représentatif d'un millier de jeunes âgés de 15 à 25 ans, 64% n'ont pas été étonné de son arrivée.

 

Ceci explique l'un des principaux résultats de cette enquête : si 90% des jeunes interrogés pensent que le monde va mal, ils sont 75% à penser néanmoins s'en sortir. Pour les jeunes générations, le manque de stabilité n'est pas vécu comme une perte mais comme une dimension intrinsèque et structurante de la société. Au lieu de démotiver et de surprendre les jeunes générations, l'instabilité du monde aurait alors plutôt sur elles « un effet dynamisant ».

 

Les fondements traditionnels de la confiance se seraient donc déplacés. En effet, selon cette même enquête, les jeunes générations, omniprésentes sur Internet, ne font désormais guère confiance aux institutions (61% ne font pas confiance en l'État français, 57% ne font pas confiance aux entreprises) et comptent d'avantage sur leur famille, leurs amis proches et leur réseau. Pour reprendre les termes de cette enquête, il ne s'agit plus « d'avoir confiance » aveuglément dans un tout qui dépasse l'individu mais de « faire confiance ». Proximité, réseaux, choix raisonnés... ces nouveaux critères de la confiance peuvent-ils être transposés dans le monde du travail ?

 

 

La confiance et le monde du travail


 

Cette crise généralisée de la confiance touche en premier lieu le monde du travail. Si l'entrée dans la vie active constitue la première préoccupation de la jeunesse, c'est avant tout parce qu'elle lui semble aléatoire et que les règles du jeu semblent de moins en moins claires. Certes, les diplômes comptent mais ils ne suffisent plus à prémunir contre le chômage.

 

Comment, dans ce contexte, repenser les nouveaux fondements de la confiance ?

 

Hervé Sérieyx, dans l'ouvrage sus-cité, livre plusieurs pistes permettant de restaurer la confiance. Tout d'abord il conseille aux institutions et aux entreprises de s'ouvrir sur le monde et d'arrêter de recruter des clones. Dans le chapitre « Dis-moi qui tu recrutes, je te dirai qui tu es » il explique combien, dans l'univers complexe qui est le nôtre, il est important de multiplier les points de vue et d'encourager l'innovation. Donner aux jeunes générations une image ouverte de l'entreprise, une image en phase avec l'évolution de la société serait donc un des premiers leviers de la confiance.

 

 

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Dans le même esprit, l'organisation interne des entreprises doit s'adapter aux nouveaux fondements de la confiance dans un monde globalisé et complexe. Ainsi que le souligne l'Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines (ANDRH) dans l'un des derniers numéros de sa revue Personnel, le manque de confiance envers les entreprises provient dans la majorité des cas d'un manque de partage de la stratégie globale.

 

Permettre aux salariés de discuter et de construire cette stratégie serait donc l'un des principaux ressorts pour restaurer la confiance.

 

 

 

Ainsi que le souligne Hervé Sérieyx, « Chacun sait que ceux qui tiennent la barre ne sont plus en mesure de prévoir ce qui va se passer; mais si on ne leur reproche plus, en revanche, ils ne méritent plus qu'on leur obéisse aveuglément ». La dynamique horizontale propre aux sociétés démocratiques trouve donc l'une de ses expressions dans les nouvelles pratiques entrepreneuriales. Comptant d'abord sur lui-même, l'individu ne peut faire confiance que dans un système dans lequel il peut lui même se considérer comme auteur et acteur.

 

Essentiellement duale, la relation de confiance réclame donc pour s'installer des efforts de chacune des parties prenantes de la société. Parviendrons-nous ensemble à la reconstruire sur de nouvelles bases ou faudrait-il appeler de nos vœux la réactivation des anciennes structures rassurantes ?

 

 

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